Ruban croix rouge

Ruban, chassis, agrafes, 48.5 x 48 cm, encadré 58.5 x 59 cm

J’écris les commentaires qui suivent pour tenter de clarifier ce qui sous-tend ce tableau.
La Croix rouge a été créée pour répertorier les disparus et prisonniers. C’est un symbole de super organisation de soin aux sociétés civiles et démunies en temps de guerre.
J’avais une grande tante infirmière qui est partie sur le front 14-18 avec la Croix rouge. Je l’aimais bien. J’étais allée chez elle pour faire des pâtisseries. Elle était bonne cuisinière. Restée célibataire et sans enfant, dans la famille, elle était reconnue pour son engagement qu’elle a eu auprès des blessés de guerre.
Les artistes mènent des chemins individuels mais ils sont aussi constitués d’expériences collectives. Nous sommes dans le monde et les choses nous atteignent.
Je ne veux pas justifier le travail par un discours, ici sur la guerre ou la violence. J’espère toujours qu’un autre ordre est activé par l’art.
Voici tout de même quelques éléments à propos de « Croix rouge ».
Le ruban vient d’un magasin de passementerie qui liquidait tout, avec un rabais de moins 70%. Ce ruban ne pouvait pas être « abandonné ». Je l’ai donc acheté, entièrement, avec le sentiment qu’il fallait absolument le sauver de la disparition.
Ce travail d’assemblage tente d’organiser et de mettre à plat des éléments. Le ruban est aligné et ainsi rangé. Il est mis en ordre pour être vu.
Coupées, tendues et agrafées sur le bord du chassis, les bandes présentent alors une irrégularité de motifs, ce qui indique que la facture est manuelle. En effet la construction du tableau est tenue par un réseau d’éléments pensés mais cela n’implique pas une réalisation mécanique. Il n’y a pas d’automatisme, ni d’industrialisation.
Il y a du temps et de la disponibilité donnés à ce travail. Avec des intuitions, des pensées dans un processus de fabrication qui est lent.
Concernant le format de 48 cm., c’est la longueur totale du ruban qui donne la dimension du carré.
Je choisis souvent un carré parce que ce n’est ni un format de paysage (horizontal), ni un format de portrait (vertical). Il s’agit d’être le plus possible proche de l’abstraction qui permet de ne pas composer avec des choix irrationnels.
Il y a aussi des questions d’ordre plus général qui restent en arrière fond:
Est-ce que l’art ôte de la peine, est-ce qu’il guérit ou tout au moins soulage celui qui regarde?
Contempler et prendre le temps de voir peuvent-ils amener à plus de complexité, plus de profondeur?
Comment faire des tableaux qui n’ajoutent pas du bruit au monde?
Est-il possible de travailler dans une économie qui a du sens, récupérant et utilisant l’existant, en lui donnant une forme supportant des questions qui vont au-delà de ce qu’il est?